Biodiversité urbaine : vers une osmose entre les citadins et la nature

La biodiversité urbaine est une notion complexe, délicate à appréhender. A première vue, les termes peuvent sembler recouvrir des réalités contraires. La biodiversité nous renvoie à la diversité du monde, à travers la vaste hétérogénéité des espèces, des milieux, des écosystèmes et l’ensemble des interactions qui existent entre eux. En ville, elle se décline dans une multiplicité d’espèces, domestiquées ou non, qui se sont bien souvent adaptées à leur nouvel habitat et à la présence de l’humain. Expériences Urbaines vous invite à un tour d’horizon des enjeux liés à la nature en ville, au prisme toujours central du bien-être des citadins et du respect de la biodiversité.

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La biodiversité en ville – des impacts bénéfiques pour le bien-être psychologique et physique

Intégrer et encourager le développement d’une biodiversité urbaine diversifiée impacte positivement le bien-être des urbains et le plaisir d’habiter en ville. Les travaux de plusieurs psychologues nous permettent de mieux comprendre les mécanismes induits par la nature en ville. Stephen Kaplan, spécialiste en psychologie environnementale, nous apprend ainsi que la nature restaure l’attention de celles et ceux qui la côtoient. La nature renvoie, selon lui, à une beauté universelle non-subjective, à l’inverse de l’art notamment. Elle apaise le stress, libère les tensions et permet de vivre plus sereinement au quotidien. Le stress urbain, est en effet une réalité reconnue par les personnels soignants et les chercheurs. Ses impacts psychique et physique doivent être pris en compte pour mieux percevoir la nécessité de développer des solutions alternatives viables au sentiment de mal-être, toujours ancré dans certaines franges de la population urbaine. « C’est assez clair qu’on est plus stressés en ville tout simplement parce qu’on a beaucoup d’occasions de l’être, ne serait-ce que la circulation, le bruit, la lumière, l’énergie humaine. Les hyperstimulations sensorielles sont omniprésentes et constantes. On croit s’y adapter à un point tel qu’on finit, à tort, par les oublier », affirme le docteur Robert Béliveau, omnipraticien et professeur à l’Institut de Cardiologie de Montréal [1].

Selon le biologiste Wilson, la nature est la première alliée de l’être humain. L’homme ne peut – et ne doit pas – s’en priver. A ce titre, la biodiversité doit se concevoir dans une approche globale. Placer quelques espaces naturels protégés « sous cloches » serait insuffisant, la nature devant s’intégrer dans l’ensemble des espaces habités par l’homme, la ville y compris. Une nécessité d’autant plus impérieuse que la plus grande partie de l’humanité est, pour la première fois de son histoire, majoritairement urbaine. Dans une perspective plus philosophique, les travaux d’Ivan Illich sur la convivialité nous apprennent à repenser les liens sociaux dans une société marquée par la sur-domination de la machine. Tous les dispositifs collectifs et partagés visant à réintégrer la nature dans la ville seraient ainsi les « outils conviviaux » imaginés par le sociologue, qui contribuent à insuffler du lien social dans les rapports humains.

Les conséquences de la biodiversité pour le bien-être psychologique des urbains sont ainsi des réalités déjà amplement reconnues par la communauté scientifique. « La présence d’un environnement naturel permet notamment une diminution des nuisances sonores » explique Roxane Burnel, responsable du programme Refuges à la LPO France, l’une des principales organisations de défense de la nature. Plus encore, les pratiques partagées induites par l’intégration de la biodiversité en ville représentent aussi des outils pour recréer un lien social, parfois dégradé. Les lieux où se déploient cette biodiversité urbaine (jardins partagés, mangeoires pour les oiseaux…) représentent autant d’espaces où peuvent se créer des échanges entre les habitants, des lieux de rencontre propices à la discussion et à la participation collective. La nature constitue donc aussi un moyen pour développer la convivialité. Roxane Burnel perçoit ainsi la biodiversité urbaine comme un outil permettant de recréer du lien social au quotidien. « Les carrés potagers, les mangeoires ou encore les nichoirs représentent des activités fédératrices, permettant de recréer du lien social entre les citadins » explique-t-elle en ce sens.

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Intégrer la nature à l’espace urbain : des méthodes déjà à l’œuvre

La demande croissante de nature de la population urbaine, ainsi que le développement des études témoignant de ses effets positifs ont entrainé une prise de conscience globale, désormais ancrée dans les nouveaux projets mis en œuvre. Plusieurs associations, comme la LPO, accompagnent les acteurs de la ville dans les différentes étapes des projets. Leur but ? Permettre, durant toutes les phases du projet, de limiter les impacts négatifs de la présence humaine sur la nature mais aussi permettre le développement de projets associant nature et ville. La LPO est ainsi présente en amont, pour réaliser un état des lieux initial de la biodiversité, en phase chantier, pour éviter les nuisances, et durant l’exploitation, notamment pour sensibiliser les habitants à ces problématiques. Ces organismes sont ainsi en capacité d’accompagner les promoteurs et constructeurs sur certains aspects techniques. « Les baies vitrées réfléchissantes représentent un risque pour les oiseaux, souvent incapables de les repérer et donc, de les éviter » nous explique Roxane Burnel. Les constructeurs sont ainsi invités à changer de type de verre pour permettre aux oiseaux d’identifier l’obstacle et d’adapter leur trajectoire.

Des aménagements urbains adaptés représentent l’une des méthodes les plus précieuses pour faire revenir des espèces qui ont, préalablement, déserté la ville. Les toitures végétalisées permettent ainsi une restauration massive de la biodiversité. La vie sauvage peut ainsi recouvrer une partie de l’habitat perdu par le développement urbain. Au Canary Warf, à Londres, l’installation de toitures végétalisées a ainsi largement outrepassé les effets bénéfiques escomptés. Mises en œuvre initialement pour influencer les effets d’îlots de chaleur urbain, les toitures végétalisées ont entrainé l’installation d’une biodiversité variée. Ces toitures « ont vu arriver l’installation de près de 136 espèces d’invertébrés que certains auteurs appellent « tecticoles » parce qu’ils habitent communément les jardins alpins et rocailles ». Parmi elles, l’on dénombre ainsi des coléoptères, hémiptères ou encore des arachnides. Pour encourager certaines espèces à revenir, d’autres aménagements sont encore possibles. Par exemple, certaines toitures végétalisées comprennent des ruches, destinées aux abeilles, indispensables à la pollinisation de certains végétaux.

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A l’échelle des quartiers, la mise en œuvre de corridors naturels demeure la solution la plus avantageuse. Les coulées vertes et autres corridors écologiques, très présents dans les écoquartiers, permettent en ce sens la circulation des espèces animales et végétales au sein de l’espace urbain.

Amélioration du bien-être au quotidien et renforcement des liens sociaux entre les urbains sont deux aspects majeurs d’une politique volontariste en matière de biodiversité urbaine. Si le travail des associations et la prise de conscience des professionnels du secteur est salutaire, la mobilisation des citadins, premiers concernés, est aussi une nécessité. La route est encore longue avant de développer ces projets à une échelle plus large et systémique. A tous les niveaux, chacun peut y contribuer et, à terme, tout le monde devrait profiter de l’impact positif de la biodiversité urbaine.

 

[1] : L’impact du stress urbain – Disponible en ligne

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